Le 23 décembre 2024, un jalon majeur a été posé pour l’agro‑industrie et les chaînes de valeur en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest. Le groupe Optimus Holding, détenu principalement par la famille de l’homme d’affaires ivoiro‑malien Sidi Mohamed Kagnassi, a finalisé l’acquisition de Ivoire Coton et Chimtec auprès de l’Aga Khan et de son conglomérat Industrial Promotion Services West Africa (IPS WA). L’opération, d’un montant légèrement supérieur à 200 millions d’euros, a été supervisée par Abou‑Bakar Ouattara et son cabinet Goodwill Audit & Consulting.
Au‑delà d’un simple changement d’actionnaires, ce rachat ouvre une nouvelle phase de développement pour la filière coton ivoirienne, le négoce de produits chimiques en Afrique et, plus largement, pour les investissements privés dans l’industrie et l’énergie en Afrique de l’Ouest.
Les contours de l’opération : ce qui a été cédé et pourquoi cela compte
La transaction porte sur deux actifs phares d’IPS WA :
- Ivoire Coton: spécialisée dans la transformation et la commercialisation de coton graine dans le nord‑ouest de la Côte d’Ivoire, au cœur d’une des principales zones cotonnières du pays.
- Chimtec: société active dans le négoce de produits chimiques en Afrique, au service de multiples secteurs industriels.
Ces deux entreprises jouent un rôle structurant dans leurs segments respectifs. Ivoire Coton se situe au centre de la chaîne de valeur cotonnière, reliant les producteurs à l’industrie textile et à l’exportation, tandis que Chimtec contribue à sécuriser l’approvisionnement en intrants chimiques pour de nombreuses activités économiques sur le continent.
Leur regroupement sous la bannière d’Optimus Holding ouvre des perspectives de synergies industrielles, logistiques et financières à l’échelle régionale, tout en renforçant la place du capital africain dans des secteurs clés.
Les acteurs clés : Optimus Holding, la famille Kagnassi et IPS WA
Optimus Holding et la famille Kagnassi : une ambition industrielle assumée
Optimus Holding est le véhicule d’investissement détenu principalement par la famille de Sidi Mohamed Kagnassi, homme d’affaires ivoiro‑malien. En s’alignant sur des actifs comme Ivoire Coton et Chimtec, le groupe confirme une stratégie tournée vers :
- l’industrie de transformation et la création de valeur ajoutée locale ;
- le renforcement des chaînes de valeur régionales, notamment dans l’agro‑industrie ;
- un positionnement à long terme sur des activités stratégiques pour l’économie ouest‑africaine.
La reprise d’Ivoire Coton et de Chimtec s’inscrit dans une logique de montée en puissance d’investisseurs africains dans des secteurs autrefois dominés par des groupes internationaux ou des conglomérats de développement.
IPS WA et l’Aga Khan : un repositionnement vers le social et le développement
Du côté du cédant, l’Aga Khan, leader spirituel de la communauté ismaélienne, avait clairement exprimé depuis quelque temps la volonté de céder certains actifs d’IPS en Afrique de l’Ouest. Le conglomérat Industrial Promotion Services West Africa (IPS WA) est présent dans de nombreux secteurs : agro‑industrie, infrastructures, négoce, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Burkina Faso et au Sénégal.
La cession d’Ivoire Coton et de Chimtec s’inscrit dans une stratégie de recentrage sur des activités sociales et de développement. En se délestant d’une partie de ses actifs industriels, IPS WA libère du capital et des ressources pour renforcer des projets à fort impact social, tandis que de nouveaux investisseurs privés prennent le relais sur la dimension purement industrielle.
Goodwill Audit & Consulting : un montage sécurisé et crédibilisé
Le montant de l’opération, estimé à un peu plus de 200 millions d’euros, a été supervisé par Abou‑Bakar Ouattara et son cabinet Goodwill Audit & Consulting. L’intervention d’un cabinet spécialisé renforce :
- la structuration financière du deal ;
- la transparence et la conformité de l’opération ;
- la confiance des parties prenantes (banques, partenaires, autorités, salariés).
Pour un marché régional encore en quête de grandes transactions de référence, ce type d’opération structurée contribue à crédibiliser l’environnement d’affaires ouest‑africain.
Un deal à plus de 200 M€ : ce que cela dit du potentiel de la filière
Le ticket supérieur à 200 millions d’euros traduit plusieurs dynamiques positives :
- la confiance dans la résilience de la filière coton en Côte d’Ivoire ;
- la reconnaissance du rôle stratégique des intrants chimiques dans la croissance industrielle africaine ;
- l’attrait croissant de l’Afrique de l’Ouest pour les investisseurs africains et internationaux à moyen et long terme.
Dans un contexte de diversification économique et de recherche de valeur ajoutée locale, ce niveau d’investissement envoie un signal fort : les chaînes de valeur agro‑industrielles régionales sont suffisamment solides et prometteuses pour justifier des engagements financiers significatifs.
Impact potentiel sur la filière coton en Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire fait partie des grands producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest. Les activités d’Ivoire Coton dans le nord‑ouest du pays, notamment autour de zones comme Korhogo, structurent toute une économie rurale.
La reprise par Optimus Holding peut ouvrir plusieurs voies de création de valeur :
1. Renforcement de la transformation locale
En étant adossée à un groupe privé africain à forte ambition industrielle, Ivoire Coton peut, si la stratégie le confirme, accentuer :
- les investissements dans la modernisation des installations de transformation ;
- l’amélioration des rendements industriels (qualité de la fibre, coûts de transformation, efficacité énergétique) ;
- la valorisation locale d’une part croissante de la production de coton graine.
Cette dynamique contribuerait à capter davantage de valeur en Côte d’Ivoire, plutôt que de l’exporter sous forme de produits peu transformés.
2. Effets d’entraînement pour les producteurs
Une filière coton solide bénéficie directement à des dizaines de milliers de producteurs et à leurs familles. Sans préjuger des choix opérationnels futurs, l’arrivée d’un nouvel actionnaire peut :
- soutenir des programmes d’appui technique aux agriculteurs ;
- encourager des pratiques visant à stabiliser les débouchés pour la production ;
- favoriser des investissements dans la logistique de collecte et de transport.
En se concentrant sur la compétitivité globale de la filière, l’opération peut contribuer à consolider le revenu des producteurs à moyen terme, tout en tirant vers le haut la qualité de la production ivorienne.
3. Industrialisation et emplois locaux
La transformation du coton graine ne se limite pas à la fibre textile. Elle génère aussi des coproduits utiles pour :
- l’alimentation animale;
- certains usages industriels;
- d’éventuelles applications dans les secteurs de l’énergie ou de la chimie.
En consolidant ces débouchés, Ivoire Coton peut devenir un véritable pôle agro‑industriel régional, créateur d’emplois et de compétences sur place, avec des effets positifs en cascade sur les services, le transport et les PME locales.
Chimtec : un levier stratégique pour le négoce de produits chimiques en Afrique
Chimtec opère dans le négoce de produits chimiques en Afrique, au service d’industries variées : agro‑industrie, transformation, services, et plus largement activités nécessitant des intrants chimiques.
Intégrer Chimtec au sein d’Optimus Holding peut offrir plusieurs avantages stratégiques :
- mieux sécuriser les chaînes d’approvisionnement en intrants pour différentes entreprises africaines ;
- explorer des synergies avec l’agro‑industrie, notamment autour d’Ivoire Coton ;
- renforcer la capacité de négociation avec des fournisseurs internationaux de produits chimiques.
Dans un contexte où les entreprises africaines sont très sensibles aux coûts logistiques et aux fluctuations des prix des intrants, disposer d’un acteur régional solide sur le négoce chimique est un véritable atout de compétitivité.
La stratégie de désengagement de l’Aga Khan : un nouveau partage des rôles
En cédant Ivoire Coton et Chimtec, l’Aga Khan poursuit une stratégie de désengagement ciblé d’IPS WA de certains secteurs industriels en Afrique de l’Ouest. L’objectif affiché est clair : se recentrer sur des activités sociales et de développement.
Ce repositionnement crée un partage des rôles plus lisible:
- L’Aga Khan et IPS WA: se concentrent davantage sur les projets à fort impact social, éducatif et de développement;
- Les investisseurs privés comme la famille Kagnassi: prennent le relais sur la gestion et la croissance des actifs industriels et commerciaux.
Ce schéma permet de maximiser l’impact global: d’un côté, des initiatives de développement mieux financées et recentrées ; de l’autre, des entreprises industrielles pilotées par des groupes prêts à investir pour accroître leur compétitivité.
Des discussions ouvertes sur d’autres actifs, notamment dans l’énergie
La cession d’Ivoire Coton et de Chimtec n’est qu’une étape. Des discussions ont été entamées entre la famille Kagnassi et IPS concernant d’autres entités du conglomérat, notamment dans le secteur de l’énergie.
Même si le détail de ces négociations n’a pas été rendu public, leur existence suggère plusieurs perspectives :
- une possible montée en puissance d’Optimus Holding dans l’énergie en Afrique de l’Ouest ;
- des passerelles potentielles entre les activités agro‑industrielles (comme le coton) et l’énergie;
- un mouvement de recomposition du paysage des grands groupes régionaux.
Si ces discussions aboutissent, l’écosystème industriel ouest‑africain pourrait voir émerger un acteur encore plus intégré, capable d’aligner agro‑industrie, négoce et énergie dans une logique de chaîne de valeur cohérente.
Opportunités pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’Ouest
Pour la Côte d’Ivoire et les pays voisins, cette opération ouvre un faisceau d’opportunités économiques et stratégiques.
1. Renforcement des chaînes de valeur régionales
En regroupant sous un même groupe des actifs liés à la transformation du coton et au négoce de produits chimiques, l’opération encourage :
- le développement de chaînes de valeur plus intégrées;
- une meilleure coordination entre amont agricole et aval industriel;
- la consolidation d’écosystèmes régionaux capables de rivaliser à l’international.
Cette intégration est un levier puissant pour augmenter la compétitivité exportatrice de l’Afrique de l’Ouest.
2. Attractivité accrue pour les investisseurs
Une opération d’envergure régionale supérieure à 200 millions d’euros réalisée par un groupe africain envoie un message puissant aux investisseurs :
- le climat d’investissement en Côte d’Ivoire et dans la sous‑région est suffisamment solide pour soutenir de grandes transactions ;
- des acteurs locaux crédibles sont prêts à prendre le relais des conglomérats internationaux ;
- des partenaires techniques et financiers (comme Goodwill Audit & Consulting) sont disponibles pour sécuriser ces opérations.
À moyen terme, cela peut favoriser l’arrivée de nouveaux capitaux dans l’agro‑industrie, l’énergie, les infrastructures et les services.
3. Montée en compétences et professionnalisation
Chaque opération de ce type exige des compétences avancées en :
- ingénierie financière;
- gouvernance d’entreprise;
- gestion des risques et conformité ;
- management industriel et gestion de la performance.
En se multipliant, ces deals contribuent à élever le niveau de professionnalisation de tout l’écosystème des affaires en Afrique de l’Ouest : cabinets de conseil, banques, autorités de régulation, mais aussi cadres et managers dans les entreprises reprises.
Facteurs clés de réussite pour maximiser les bénéfices de l’opération
Pour que le rachat d’Ivoire Coton et de Chimtec produise pleinement ses effets positifs, plusieurs leviers seront déterminants.
1. Une vision industrielle claire et de long terme
La création de valeur dépendra de la capacité d’Optimus Holding à :
- définir une feuille de route industrielle cohérente pour Ivoire Coton et Chimtec ;
- aligner les investissements sur cette vision (modernisation, capacité, innovation) ;
- assurer une gouvernance solide pour piloter la croissance dans la durée.
2. Dialogue avec les producteurs et les communautés locales
Dans une filière comme le coton, la relation avec les producteurs et les territoires ruraux est un élément central. Un dialogue de qualité peut :
- renforcer la confiance;
- favoriser l’adoption de bonnes pratiques agricoles;
- faciliter la montée en qualité des productions.
En s’attachant à construire des partenariats équilibrés avec les acteurs locaux, Ivoire Coton peut devenir un modèle de filière inclusive et performante.
3. Gestion des risques et agilité
Les marchés du coton et des produits chimiques sont exposés à des fluctuations de prix, à des chocs logistiques et aux évolutions des normes. Pour transformer ces défis en opportunités, les nouveaux actionnaires devront :
- mettre en place une gestion proactive des risques;
- diversifier les débouchés géographiques et sectoriels;
- rester agiles dans leur stratégie commerciale.
Vers une nouvelle génération de champions régional
La cession d’Ivoire Coton et de Chimtec par l’Aga Khan à la famille Kagnassi, via Optimus Holding, dépasse le cadre d’un simple transfert d’actifs. Elle illustre un mouvement de fond : l’émergence d’une nouvelle génération de champions régionaux africains, capables de reprendre et de développer des outils industriels stratégiques.
En parallèle, le recentrage d’IPS WA sur ses activités sociales et de développement vient compléter ce mouvement, en renforçant la dimension inclusive et sociale de la croissance.
Si les choix opérationnels confirment les ambitions industrielles affichées, l’opération pourrait devenir une référence positive en matière de transition d’actifs entre conglomérats de développement et investisseurs privés africains, avec des effets structurants sur :
- la filière coton ivoirienne;
- le négoce de produits chimiques en Afrique;
- les investissements futurs dans l’énergie et l’agro‑industrie ;
- la création d’emplois et de compétences en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest.
Pour la région, c’est une opportunité de plus de consolider son industrialisation, d’accroître sa souveraineté économique et de donner davantage de place aux capitaux et aux talents africains dans la construction de son avenir.
